Devenir Motion Director (Clément Gino)

Clement32 Devenir Motion Director (Clément Gino)Découvert sur zeutch.com

Vous avez sûrement déjà vu le travail de Clement Gino (Kenzo, Sony Ericson, … Allez voir son site et son blog). Pourtant à 26 ans, c’est un jeune Motion Director qui vient d’entrer dans le monde, bien particulier, des boîtes de prod…

J’avais prévu une intro géniale (si, si je vous assure) mais il exprime tellement bien son parcours et ses préoccupations que je mets ça de côté…  icon twisted Devenir Motion Director (Clément Gino)

Pour ceux qui n’auraient pas vu son showreel, je le remets en fin d’article (même si je vous conseille à nouveau d’aller voir son site avant de lire cette interview icon confused Devenir Motion Director (Clément Gino) )
Place donc au Retour d’expérience de Clément Gino.

 

Comment s’est passé ta fin d’études et tes premières recherches de travail ?

J’ai un parcours un peu atypique. J’ai fini mon école de cinéma, le Conservatoire Libre du Cinéma Français à Paris, très orienté cinéma d’auteur, en 2005. Suite à ça, je suis parti pendant un an, voyager un peu partout dans le monde, sans projet particulier autre qu’observer et découvrir sans caméra.
Au retour, j’ai réalisé trois courts métrages, dont un qui a spécialement bien marché en festivals (vingt sélections et dix prix), tout en travaillant à mi-temps dans des boulots alimentaires à côté. Le mythe du producteur qui t’attend avec son chéquier à la sortie du festival pour ton prochain film n’est pas apparu.
Je me suis ensuite installé à Marseille, après avoir travaillé comme berger dans les Alpes du sud, où j’ai passé du temps à écrire et dessiner. J’ai également bossé dans des fermes bio pour apprendre à cultiver des légumes.
Toutes ces expériences très concrètes étant en relation avec ma sensibilité pour la nature, qui se retrouve assez souvent dans mon univers, sont réinjectés maintenant dans mon travail actuel qui est beaucoup plus virtuel. En tant que réalisateur, je pense que, plus on a vécu d’expériences fortes et différentes, plus ton travail peut avoir de textures et de vibrations, si tu sais les canaliser.
Puis j’ai déménagé à Rennes où je me suis remis à la vidéo avec un Canon 5D MarkII, et j’ai appris en autodidacte à travailler sur After Effects, essentiellement avec des tutoriaux trouvés sur le net. J’avais dans l’idée de revenir sur Paris, mais je voulais travailler directement sur des projets qui correspondaient à mon univers, donc j’ai réalisé un certain nombre de fausses pubs et de clips, que j’ai mis sur mon site web.
Je suis revenu depuis trois mois sur Paris, où je pensais démarcher les boites de production, mais il se trouve que ce sont elles qui m’ont contacté en tombant sur mon travail. C’est encore tout frais, mais je suis maintenant représenté par WizzDesign pour la publicité, et je devrais également travailler sur d’autres projets (clips, direction artistique…) avec SoixanteQuinze, qui sont deux sociétés de production/post-production/vfx parisiennes reconnues.

Comment te présentes-tu ?

C’est un peu compliqué car je touche un peu à tout : concept, écriture, direction artistique, réalisation, cadrage, motion design, visual fx, montage. Mais en général, en voyant mon travail, les boites comprennent assez vite ce que je pourrais leur apporter. J’ai un style assez personnel et assez marqué qui ressort dans mes travaux, et c’est ce qui les intéresse, j’ai un oeil qui donne ce côté particulier à mes vidéos. Je pense que les boites recherchent cette personnalité dans des travaux, ainsi elles peuvent te faire plus facilement confiance, car elles imaginent ce que tu pourras faire sur leurs commandes. C’est important d’avoir son univers.

As-tu eu des désillusions par rapport à l’idée que tu faisais du métier ?

En entrant dans mon école de cinéma, j’avais beaucoup d’espoir sur une façon alternative de faire des films. En sortant, j’étais assez désillusionné sur la réalité du milieu, complètement dépendant des aides extérieures et d’un casting bankable. C’est pourquoi j’ai eu besoin de partir après ça.
Du coup, tout ce que j’ai réalisé par la suite était en auto-production à très petit budget, mais ça a pourtant assez bien marché. Cependant, réaliser un vrai film demande des sacrifices quasi-surhumains, sur des années, qui ne débouche parfois sur rien, voir sur un gouffre financier, qui te coupe à jamais l’envie de faire des images.
Et puis il faut pouvoir en vivre. Je me suis intéressé qu’assez récemment au secteur de la publicité, et je me suis rendu compte qu’il y avait des possibilités de créations extrêmement variées, ainsi que d’avoir des budgets plus confortables permettant d’inventer des choses jamais vues ou jamais faîtes, tout en changeant souvent de projets.

As-tu rencontré de vraies difficultés ?

Les difficultés sont plutôt dans le fait de garder la foi dans les projets pour aller jusqu’au bout. Le plus dur, ce n’est pas de commencer un projet, c’est de le finir et de le diffuser donc, ce qui est son but premier, d’atterrir devant les yeux du public. On peut penser avoir le meilleur projet du monde, si on ne le finit pas…
Il y a plein de moments de doute, où on se demande qui ça pourrait bien intéressé au final. Il faut parfois s’enfermer et bosser sans réfléchir, avancer. Et le diffuser surtout, pour avoir des retours, il y a plein de plateformes très pratiques sur le net aujourd’hui, comme Vimeo par exemple.
Après le travail ne me fait pas vraiment peur, je suis assez passionné par ce que je fais, et je culpabilise même les jours où je n’ai pas avancé sur au moins un projet. Mais il faut savoir prendre de la distance, se laisser des pauses, montrer son travail pour le voir dans les yeux des autres, car ça peut-être un boulot très solitaire.

As-tu quelques conseils à donner à ceux qui veulent faire ce métier ?

Avoir un beau site web graphique et propre avec des exemples de son travail est indispensable je pense, c’est une vraie carte de visite aujourd’hui.
Ecrire ou concevoir des projets légers et réalisables au début, pour être sûr de les finir. Ne pas partir dans des super productions. On peut apprendre énormément rien qu’avec les tutos sur le net, trouver des effets qui vous plaisent et les remettre à sa sauce.
Faire des fausses pubs est aussi intéressant si c’est le milieu que vous souhaitez intégrer, car ça permet bien aux boites de productions de s’imaginer ce dont vous êtes capable.
Diffusez vos créations au plus large mais sans forcing et sans être lourd. Envoyez ses travaux ou son site web aux sites d’influences graphiques type Fubiz, qui sont regardés par des créatifs et des directeurs artistiques en recherche de nouveaux talents. Et également à toutes les boites ou artistes dont vous appréciez le travail, et où ils pourraient trouver des similitudes avec le vôtre.

Et maintenant ?

J’aimerais principalement travailler sur des projets qui me plaisent, me permettant de développer mon univers, avec de plus en plus de moyens. Faire des pubs originales et des clips créatifs, en essayant d’y injecter une part de poésie. Rencontrer des gens avec qui j’apprécie travailler. Dessiner un peu plus. Pourquoi pas transmettre par un peu de formation ou d’enseignement. J’aimerais bien bosser à l’étranger de temps en temps aussi…
Et puis, dans un certain nombre d’années, avoir une petite ferme dans un coin perdu en Provence, pour y bosser plus ou moins à distance, ne me déplairait pas.

Je vois bien cet univers où atmosphère qui donne ton cachet. Peut-être est-ce trop tôt mais as-tu déjà pensé au risque de te retrouver enfermer par cette étiquette qui aujourd’hui te donne tant de liberté ?

C’est le problème de tout artiste je pense. Arriver à se renouveler tout en gardant un univers original. Il faut suivre ce qui se fait chaque jour en vidéo, motion design et graphisme pour découvrir de nouvelles techniques et enrichir sa palette. J’associe souvent la notion de plaisir avec mes travaux, c’est pourquoi si je m’ennuie au bout d’un moment, je teste d’autres directions. J’aime utiliser différents médias justement aussi pour varier les techniques dans mes créations, c’est un bon exercice pour se renouveler. Mais effectivement c’est un peu tôt pour se poser la question, on verra dans quelques années.

Parlons scénario, direction d’acteurs…dialogue, veux-tu bien ?

C’est une question délicate, je parlerais plus de concepts actuellement dans ce que je fais. Le scénario est un art particulier, et il y a des gens très doués qui le font très bien. En ce qui concerne la direction d’acteur et les dialogues, c’est aussi assez sensible, il faut trouver de très bons comédiens, qui interprètent parfaitement de bons dialogues pour que ça sonne juste. Les américains sont très forts pour ça, il n’y a qu’à regarder leurs nombreuses séries télévisées qui s’exportent partout. Actuellement je me concentre plus sur le visuel, j’ai plus souvent des images, une ambiance en tête, et je brode autour de ça. Je me laisse une part importante de liberté sur le tournage, pour improviser des plans qui n’étaient pas forcément prévu. On ne sait jamais exactement comment va être la lumière, comment elle va éclairer telle ou telle feuille, tel ou tel visage, il faut essayer d’attraper tout ça dans un laps de temps très court, surtout que j’adore tourner avec des lumières presque horizontales, donc assez éphémères. C’est assez souvent des plans qu’on avait pas spécialement prévus qui s’avère être les plus jolis, parce qu’ils ont quelque chose de très léger et naturel.

Quelle question aurais-tu voulu que je te pose ?

Peut-être une question sur des préoccupations plus matérielles et quotidiennes sur ma façon de travailler pourraient intéresser les lecteurs.
J’ai commencé avec de la Hi-8, puis DV, puis HDV, et maintenant 5D MarkII donc, dont j’adore les objectifs à focale courte, qu’on ne pouvait utiliser que sur des caméras cinéma avant.
J’aimerais bien tester la RED ou la PHANTOM prochainement, pour leur haute fréquence d’images permettant des ralentis assez incroyables.
Je travaille sur un iMac 27 depuis peu, j’ai longtemps bossé sur un Macbook blanc tout simple, mais il commençait quand même à montrer ses limites sur les derniers projets, je monte sur Première Pro, je truque et j’étalonne sur After Effects et Photoshop pour les photos, et la 3D avec Cinema4D en ce moment.
J’essaye de regarder tous les matins les nouvelles vidéos ou concepts graphiques qui sortent sur le net, pour me tenir au courant de ce qui ce fait et essayer de sentir l’air du temps.

Merci à Clément pour ce retour plus que passionnant  icon smile Devenir Motion Director (Clément Gino)

Dans la même série : Retour d’expérience: expatriation (Mathieu Babin)




3 commentaires

  1. C’est sympa de voir un autodidacte s’en sortir comme ca sans formation spécifique aux logiciels… Ca pousse a continuer


  2. Passionnnant !
    8O


  3. en plus maintenant je sais quel est l’intérêt de la caméra Phantom HD :)
    http://blog.gaborit-d.com/breakfast-interrupted-slow-motion-1000fps/