Comment passer de l’architecture à l’art ? (Anne-Laure Maison)
Anne-laure Maison est… je vais lui laisser la possibilité d’essayer de vous en dire plus.
Si j’avais été emballé par son travail pour le groupe Matelsom je suis définitivement conquis par son œuvre (et ce dès que son site s’est ouvert à mes yeux), justesse, sensibilité, simplicité, quand je vois son travail j’ai envie de sourire car je sens un écho dans son approche à l’humain que je suis
Avant de lire l’interview, je vous conseille d’allez sur son site, découvrir sa réflexion sur la maison, la respiration, et tout, car tout vaut le coup. Si vous ne l’avez pas compris j’ai un énorme coup de cœur pour cette artiste et j’espère que vous l’aurez aussi.
Place à l’interview
Le plus compliqué est de donné un nom à ce retour sans limiter ton travail : j’avais pensé à artiste d’installation, artiste d’espace mais je préfère Retour d’expérience : comment passer de l’architecture à l’art ? As-tu une autre idée/préférence ?
Non, c’est pas mal et un peu vrai car je suis passée de mon désir de faire de l’architecture à celui de raconter des histoires d’architecture à travers mon travail d’artiste.
Architecture et art, quelle différence ?
Bien que l’architecture soit un art, pour moi, la différence vient des contraintes qui ne sont pas les mêmes…pour avoir pratiqué les 2, l’art m’offre une plus grande liberté. Tu choisis tes projets, tu crées ce qui te parait nécessaire de créer et c’est toi même qui t’imposes des contraintes…en archi, si tu veux vivre de ton métier, tu dois construire et donc “subir” un client, un budget, et la réalité des gens qui vont habiter ton “idée”…je ne dis pas que tu peux toujours tout faire quand tu es artiste mais en tout cas, c’est une façon de faire qui me convient mieux et qui me frustre moins. Je crois que c’est pour cela que de plus en plus d’archis sont également artistes et s’expriment aux travers d’expos… je pense à Didier Fiuza Faustino ou encore à Philippe Rahm.
Comment s’est passé ta fin d’études et tes premières recherches de travail ?
Mon stage de 4 ème année aux beaux-arts de Toulouse s’est fait dans l’agence de François Roche R&Sie à Paris, c’était mon modèle, le dieu sur terre de l’archi, ça se passait super bien du coup, l’école m’a autorisé a y rester…plus de 8 mois avec un vrai poste à la clé…je me suis installée à Paris et ai fait des aller retour pour préparer et passer mon diplôme en même temps, le dnsep, que j’ai obtenu avec mention. Et puis le mythe s’est peu à peu écroulé et après un fort désenchantement, d’un commun accord, j’ai passé mon chemin. Quand dès le début, on réalise son rêve le plus cher et que l’on est déçu, il est difficile de rebondir et je n’avais aucune autre perspective “architecturale”…
Qu’est-ce que ça représente d’être résidente au Palais de Tokyo ?
C’est avant tout pour un coup de cœur architectural que j’ai postulé à la résidence “Le Pavillon” du Palais de Tokyo. J’adorais l’idée de pouvoir passer 8 mois à travailler dans ce lieu…
J’ai un peu halluciné d’avoir été sélectionné et ai vécu une super expérience…et c’est à ce moment que le champ de l’art s’est réellement ouvert à moi.
C’est sur que cette résidence est une super carte de visite…mais elle m’a aidé à trouver ma voie plus qu’elle n’a été un réel tremplin. Car à l’époque où je l’ai faite je ne savais pas que je pourrais être un jour artiste et je n’ai pas du tout profité de tout le système qui m’était mis à disposition…
Photo, collage, vidéo, … Comment te présentes-tu ?
Artiste pluridisciplinaire ! Bien que j’ai mis du temps à assumer ce titre d’”artiste”. Peu m’importe le support en fait, l’essentiel est que j’arrive à m’exprimer et fasse passer mon message, mon point de vue sur un sujet qu’il me parait nécessaire de traiter.
As-tu eu des désillusions par rapport à l’idée que tu faisais du métier ?
Oui et non, comme dans tous les métiers, bien qu’il soit décevant que cela s’applique à l’art, il y a des gens opportunistes et dont les dents rayent le parquet, le copinage, les mondanités hypocrites…beaucoup de choses que je ne suis pas…
As-tu rencontré de vraies difficultés ?
La plus grosse difficulté a été de trouver la confiance en moi et d’arrêter de remettre sans cesse ma légitimité en question. C’est pénible, fatigant et improductif au possible…
As-tu quelques conseils à donner à ceux qui veulent faire ce métier ?
Oser ! Et tenter ! Tout ce que j’ai obtenu, je suis toujours allée le chercher et la plupart du temps, je ne pensais pas que ça pouvait être possible…
Est-ce compliqué de vivre de son art ? Ici je ne pense pas aux détails de salaire mais aux choix, as-tu un agent ?
Non, mais si j’en avais les moyens je n’hésiterais pas car le plus dur pour moi c’est pas de créer mais de me vendre! c’est un boulot ingrat qui demande beaucoup d’énergie car la plupart du temps, tu te prends des vents (…quand les gens prennent la peine de te répondre!)
Comment évaluer son oeuvre en terme d’argent ?
C’est très difficile de donner un prix à son travail, c’est le côté positif de travailler avec les galeries, dont c’est le métier…même s’ils te prennent 50% au passage.
Et maintenant ?
J’ai trouvé un équilibre et produit seulement quand j’en ressens la nécessité et/ou l’opportunité (comme l’invitation d’art affaire de faire une résidence dans le groupe Matelsom)… je ne suis pas de ces artistes qui s’obligent à créer tous les jours…je ne me mets aucune pression avec ça… et ça me va très bien comme ça.
J’ai adoré ton travail pour le groupe Matelsom. Il me semblait simple et juste. En espérant que tu me comprennes, est-ce compliqué d’arriver à un résultat simple ou est-ce un résultat naturel ?
Ce travail pour Matelsom n’a vraiment pas été évident pour moi…mettre un “artiste” dans un bureau et lui dire de créer avec la matière qu’offre l’entreprise n’est pas simple…de plus que je n’étais pas tellement désirée par les collaborateurs au départ. Ils traversaient une période très difficile et se demandaient comment le boss avait pu penser à envoyer un “artiste”!
Mais petit à petit, j’ai trouvé des ruses pour les approcher…discuter…et ils se sont ouverts peu à peu à moi…en revanche, je n’aurais jamais autant fumé et fait de pauses cafés de ma vie!!! et puis j’ai commencé mes premières interventions, et les gens étaient finalement très réceptifs à mon travail. La justesse vient du temps que j’ai passé à écouter et capter l’environnent, je n’étais pas là pour imposer un travail mais au contraire pour travailler sur eux, avec eux…
Pour ce qui est de la simplicité… je crois que c’est ma façon d’ être… Je me souviens de 2 installations que j’avais fait au Palais de Tokyo pour l’exposition collective “The final cut”, “Respiration (2)” qui consistait en un haut parleur diffusant le son de ma respiration dans l’espace d’exposition et “House” un dessin au laser, sensible et imperceptible… Bref, je me souviens encore de la réflexion que l’on m’avait fait…à savoir si je n’avais pas quelque chose de plus voyant et gros à montrer car il fallait que j’en profite… j’étais au Palais de Tokyo!!!

A voir également sur le site de Anne-laure pour Matelsom Welc-home, Entrée des artistes, Architecture-S, Derrière la porte portraits intimes
Quelles affinités ressens-tu avec l’art de rue ?
Je suis admirative… en fait, j’adorerais être une street artiste mais je n’en ai pas les “c….”. J’ai plein de projets de rue en tête, mais je n’ose pas… (par peur d’être dans l’illégalité, d’être regardé en train de bosser…je suis extrêmement timide…) j’ai du graffer une fois dans ma vie mon “nom” au poska et j’ai mis 3 jours à m’en remettre…ce n’est vraiment pas mon truc…
J’ai tout de même réussi à exposer 2 fois dans la rue, grâce à l’association le M.U.R sur le grand panneau publicitaire dédié aux street artistes à Oberkampf et grâce au festival photo de Levallois-Perret qui a exposé toute ma série de tableaux d’intimités dans des panneaux rétro éclairés Decaux sur la place de l’hôtel de ville de Levallois-Perret, c’était 2 expériences extraordinaires…
Quand je lis l’intro de ton site, j’ai l’impression que ton travail se veut également auto-thérapeutique. C’est le cas ?
En fait, tout à commencé par ce travail lors de notre voyage au Cambodge avec le Pavillon et de la remarque que m’avait fait Pascal Beausse sur la relation entre mes préoccupations artistiques et mon patronyme. Je ne sais pas si le terme est bon, mais effectivement, j’ai eu au départ un besoin intrinsèque de travailler autour de la maison comme pour donner un sens à mon nom qui n’en a pas eu tellement dans mon enfance, de “construire” quelque chose autour de ça… mais j’y pense de moins en moins et ce n’est vraiment plus ma motivation première.
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